La nouvelle mesure en faveur de l’insertion professionnelle des personnes handicapées, notamment psychiques, en vigueur depuis le 1er janvier, est enfin inscrite au «Journal Officiel».

 

De quoi satisfaire les associations qui attendaient cette avancée depuis plusieurs années. Je suis d’un naturel plutôt optimiste et je ma pose cependant la question : OUI ! Et après ? En sachant que les entreprises préfèrent recruter une personne en situation de handicap moteur ou de maladies invalidantes plutôt qu’en situation de maladie ou de handicap mental … Allez ! On y croit …

Petit rappel de la loi pour l’emploi des personnes en situation de handicap : C’est la loi du 10 juillet 1987 qui a mis en place l’obligation d’emploi des travailleurs handicapées (OETH). La loi 2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées en revoit certaines dispositions tout en renforçant les mécanismes d’incitation à l’embauche. Elle insiste sur le principe de non discrimination. Pour garantir l’égalité de traitement pour tous, les employeurs publics et privés doivent prendre des “mesures appropriées*”, permettre aux travailleurs handicapées d’accéder à un emploi correspondant à leur qualification et/ou de le conserver ainsi que pouvoir effectuer des formations adaptées à leur besoin. Il est complété par le dispositif d’emploi accompagné qui a comme objectif de permettre aux travailleurs handicapés d’accéder et de se maintenir dans l’emploi rémunéré sur le marché du travail. Il a été officialisé le 29 décembre 2016 au journal officiel et mis en application au 1er janvier 2017.

Bien évidemment, l’intention est bonne. Cependant, lorsqu’on se penche en toute lucidité sur la relation entre le handicap et le monde du travail ordinaire, on peut se poser quelques questions. Qui vont être les personnes qui vont bénéficier de ce dispositif ? Quelles sont les entreprises et les administrations qui vont accepter de s’investir ? Dans quelles conditions ? Cela m’amène à la place et à l’évolution de certains handicaps dans notre société. Les bienfaits de la loi sur la scolarisation sont maintenant visibles. Le handicap mental a évolué. La formation professionnelle des personnes handicapées est un vrai casse tête. Les préjugés ont la vie dure. En sachant que le jeune handicapé mental est relativement autonome sur le quotidien mais que ses troubles l’ont obligé (de façon justifiée) à quitter le collège après un parcours en ULIS car il n’avait pas les capacités à continuer un cursus en milieu ordinaire. Les ULIS en lycée servent de refuge à des adolescents qui n’ont pas de place en IM-pro ou dans le meilleur des cas à ceux n’ayant pas de déficience intellectuelle. En lycée professionnel ? Peu d’ULIS et les problématiques sont identiques. Et l’apprentissage me direz vous ? C’est un secteur qui s’est ouvert avec les CFA-S sur lesquelles l’enseignement général à sa place au détriment de certains handicapés.

Cependant, leurs compétences en pratique sont aussi bien développées que leurs camarades qui n’ont rien. Nous savons aujourd’hui, que le taux de chômage des personnes en situation de handicap est deux fois plus nombreux que pour les personnes lambdas (source cap emploi, en sachant que la majorité des personnes inscrites à cap emploi sont en situation de maladies invalidantes et en situation de handicap ne présentant pas de déficience). Nous savons que les ESAT sont saturés et les listes d’attentes interminables. En creusant un peu plus dans le circuit d’accès à l’emploi des P.A, ont se rend compte que les IME et notamment les IM-pro sont bondés également et que bon nombre d’adolescent en situation de handicap venant du circuit ordinaire (via les ULIS) se retrouve à 16 ans orientés « là où il y a de la place ». Leur parcours scolaire en milieu ordinaire est brusquement interrompu. Leurs talents, leurs ambitions professionnelles sont mises à mal : “Tu voulais travailler avec les animaux chez un vétérinaire, dans un chenil, dans un centre équestre ? Tu feras un atelier multi-services et tu travailleras dans un ESAT…” Il suffirait d’un peu de bon sens et de bonne volonté (le mot est lâché) pour élargir le champ des possibles afin que chacun puisse dans le respect de ses potentiels avoir une vie épanouie et une place dans la société. Peut-être que les IM-pro pourraient élargir leurs explorations professionnelles (je ne leur jette pas la pierre, sincèrement, beaucoup voudraient faire avancer les choses, mais …les coupures dans les budgets sont compliquées à gérer), en mettant en place des conventions avec des entreprises lambdas afin que les plus autonomes puissent avoir une chance de s’insérer dans une vie active en adéquation avec leurs potentiels réels. Une chose est certaine, cela désengorgerait l’entonnoir et laisserait un espoir de place en ESAT pour ceux qui n’ont, eux, pas la capacité à travailler dans un autre lieu. Voilà, en matière de formation et d’intégration professionnelle… Il y a du travail !